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fiches lecture
Dans son ouvrage issu d’une vulgarisation de sa thèse de Géographie
soutenue en 1997 (Le littoral de Loire-Atlantique et de Vendée et sa
géographie du danger), Sylvie Caillé a souhaité faire
comprendre la transformation qu’a connue le bord de mer ligérien
au cours des deux derniers siècles.
L’homme, tel un agent créateur, a métamorphosé
un milieu naturel en un paysage nourri par ses aspirations. Au début
du 19e siècle, les visiteurs constatent l’aspect désolé
du littoral : des dunes de sable monotones, d’une solitude infinie,
qui représentent un danger permanent de submersion des champs et des
villages proches. Ces craintes ne sont pas vaines et plusieurs villages ont
disparu sous les sables depuis le 16e siècle (Escoublac, Barbâtre,
Notre-Dame-de-Monts, quelques villages de Saint-Brevin, de Saint-Vincent-sur-Jard…).
Sylvie Caillé relate les nombreux risques naturels (tempêtes,
submersions marines) qu’encourraient les populations littorales, les
obligeant généralement à tenir à l’écart
du rivage leurs habitations.
Afin de pallier ces dangers, l’Etat ordonne en 1810 de fixer les dunes.
Or cette entreprise est particulièrement difficile. L’Auzance,
au sud de Brétignolles-sur-Mer, est l’un des exemples développés
pour comprendre l’édification d’un massif dunaire. A cause
de l’ensablement, la rivière a plusieurs fois changé d’embouchures
au cours de la seconde moitié du 19e siècle, occasionnant des
inondations importantes de terres. L’Etat établit en 1890-1891
des clayonnages afin de créer les prémisses d’une dune
littorale et fixe les dunes voisines par des semis. En 1893, l’Auzance
retrouve son ancien lit, protégé au nord par une petite digue
de maçonnerie. De nombreux documents reproduits relatent les travaux
importants de l’époque.
La transformation physique du bord de mer ligérien s’accompagne
du nouvel intérêt social des rivages au cours du 19e siècle
: la mode des bains de mer. Une population progressivement nombreuse, profitant
des forêts de pins, s’implante sur les dunes fixées. Là
où les populations
locales s’éloignaient du rivage pour ne pas avoir à en
subir les désagréments (l’hiver particulièrement),
les baigneurs villégiateurs souhaitaient au contraire profiter de la
plus belle vue sur mer (l’été).

La construction de villas sur les dunes instaure rapidement la nécessité
de les défendre. En effet, le bord de mer n’est pas une ligne
figée. Les villas subissent bientôt l’érosion marine,
qui menace de déchausser leurs fondations. Sylvie Caillé développe
deux exemples : Saint-Gilles-Croix-de-Vie et Saint-Brevin-les-Pins. Elle relate
les différents évènements qui ont marqué la Garenne
de Retz, en les illustrant de quelques cartes postales ou photos anciennes.
Les vues des dégâts des tempêtes de 1924 et 1925 sont particulièrement
saisissants et permettent de comprendre pourquoi la construction d’un
remblai en dur a été fondamentale pour les propriétaires
locaux.
Au travers de cet ouvrage, Sylvie Caillé retrace comment l’homme,
par sa volonté, a fait d’un espace répulsif, un endroit
apprécié, recherché, présenté comme idéal,
mais non sans danger. L’homme n’a en effet pas réussi à
« dompter » tout à fait la nature et l’érosion
marine le lui rappelle à chaque tempête.