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Date de mise sur le site: 14/03/2009

Haute Qualité Environnementale :

risque de projets faussement environnementaux mais pleinement opportunistes

C'est un gage de vertu mis récemment en avant par les promoteurs immobiliers, mais qui souvent vise à masquer, sous couvert de quelques améliorations techniques, une inculture environnementale. Par exemple, le projet du Gatineau : 20 ha imperméabilisés sur un ancien marais salant, intégration paysagère discutable pour un immeuble formant un nouvel horizon (il aurait mesuré neuf mètres de hauteur au maximum, soit un immeuble de deux étages), absence de traitement des eaux de ruissellement polluées qui vont se déverser dans l'estuaire de la Vie.

Le langage écologique est aujourd’hui de mieux en mieux maîtrisé par ceux qui portent les attaques les plus graves à l'environnement. Or, trop souvent, seul le discours est en phase avec la démarche du développement durable. La référence HQE risque de suivre le même chemin trompeur.

Tout d’abord, il faut préciser que l’appellation HQE n’est pas une norme mais une marque déposée par l’association loi 1901 HQE. Cette association créée en 1996 veut promouvoir une démarche de Haute Qualité Environnementale volontaire

de la part des acteurs du bâtiment, avec des référentiels et des démarches facilement applicables sur le terrain. L’idée, louable en soi, confrontée à un premier problème :l’appellation HQE est présentée comme une norme, ce qu'elle n’est pas. Une norme se définit par un état conforme à la règle établie ou une règle fixant le type d’un objet fabriqué et les conditions techniques de production. Or, s’il existe des exigences minimales, la référence HQE n'est qu'une somme de préconisations. D'autre part, les représentants des grandes entreprises du bâtiment font partie de l’association HQE, ce qui a orienté certains choix : pour l’isolation, la laine de verre peut être utilisée alors que d’autres matériaux peuvent être plus performants.

Les 14 cibles de la démarche HQE

L’Allemagne

C'est l'un de pays les plus en pointe en la matière. Elaboré en 1988 par un institut de Darmstadt, le concept de la maison passive (Passivhauss) y est même devenu une norme. Une maison passive a une très faible consommation d’énergie et permet d’avoir une température ambiante satisfaisante sans avoir recours au chauffage, cela grâce à quatre piliers qui sont l’isolation thermique, la ventilation, la fenêtre et l’étanchéité à l’air. Cette norme ne prend cependant en compte que la réduction des dépenses d’énergie. Un autre institut, l’Institut de Baubiologie et d’Écologie de Neubeuern, est plus dans l’esprit que désire adopter la démarche HQE. Dès 1969 il a créé 25 règles de base pour réaliser des bâtiments écologiques.

La Suisse

En Suisse, trois labels s’intéressent à la construction durable. Le premier créé, le label Minergie, n’est pas astreignant et ne prend en compte que le confort et l’énergie. Les deux autres sont beaucoup plus contraignants : Minergie-Eco ajoute des critères de santé et d’écologie (proche de la démarche HQE française) ; Minergie-P est plus regardant sur l’énergie (proche de la norme Passivhauss allemande).

Les Etats-Unis

Les Etats-Unis s'attellent également à réduire les besoins en énergie de leurs maisons. Le programme Building America, partenariat privé/public (aidé par le Département fédéral à l’Energie) prévoit de réduire, par rapport à 2000, de 40 % ces besoins en 2010, 50 % en 2015 et 70 % en 2020. Actuellement, on compte plus de 40 000 réalisations. Néanmoins, la volonté d’interaction entre le site, les matériaux et la disposition de la maison n’est motivée, pour l’instant, que par la seule réduction d’énergie.

Quelle politique HQE ?

Veut-on une politique écologique au rabais ou au contraire un réel « plus produit » ? Il semble que les acteurs du bâtiment ont bien compris l'enjeu en s’appropriant le label mais pour l’instant le contenu du label Haute Qualité Environnementale est faible.


Comment valoriser la Haute Qualité Environnementale :


- Soit en optant pour une catégorisation de la HQE : HQE eau pour les questions de l’eau, HQE matériaux pour les matériaux de construction, etc...
- Soit en conservant une définition commune avec des critères moins nombreux et plus sévères pour atteindre des objectifs précis. Il est souhaitable également que l’environnement général – le fameux cadre de vie – soit mieux pris en compte et ne pas penser la construction des villes en se limitant à chaque fois aux quatre côtés de la parcelle individuelle.

 

Conclusion

Le CPNS ne peut qu’encourager l’association HQE à développer un projet ambitieux qui devienne une véritable norme. Soucieux de l’environnement, le CPNS craint la multiplication des projets HQE faussement environnementaux mais pleinement opportunistes. C’est d’ailleurs la voie de la labellisation que semble aujourd’hui adopter l’association HQE, sans qu’on en connaisse encore les modalités. Dans l’immédiat, la méfiance doit guider notre jugement quand on nous dit que la future construction est régie par le principe HQE.

 

 

Les 14 cibles HQE :

analysez vous-même les projets "HQE" qui vous sont présentés comme tels

 

Critères H.Q.E.
Cibles Respectées (O/N)
Observations personnelles
1
Relation harmonieuse du bâtiment avec son environnement immédiat    
2
Choix intégré des produits, systèmes et procédés de construction    
3
Confort hygrothermique    
4
Confort acoustique    
5
Confort visuel    
6
Confort olfactif    
7
Gestion de l’eau    
8
Gestion de l’énergie    
9
Gestion de l’entretien et de la maintenance    
10
Gestion des déchets d’activité    
11
Qualité sanitaire de l’eau    
12
Chantier à faibles nuisances    
13
Qualité sanitaire des espaces    
14
Qualité sanitaire de l’air  

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Une appellation aux garanties variables

Aspect problématique, la démarche HQE couvre 14 critères mais il suffit de respecter les exigences minimales d'un seul pour revendiquer l’appellation ; pour exemple comme le rappelle le dossier d’enquête préalable à la déclaration d’utilité publique du projet de la ZAC du Gâtineau (Saint-Hilaire-de-Riez) : « En général, il ne s’agit pas de traiter l’ensemble des 14 cibles de manière approfondie… mais de traiter plus particulièrement celles qui offrent un meilleur bénéfice en termes d’amélioration de qualité (perceptible par le client), de rentabilité (long terme) et d’image ». Cette Haute Qualité Environnementale était donc très relative.

En tant que particuliers, il est fort probable que vous n’ayez pas entendu parler de la HQE que dans les journaux. La raison est simple : la démarche a tendance à ignorer les particuliers pour se concentrer sur les fameux acteurs du bâtiment. De plus, elle ne concerne pour l’instant que la construction neuve. Notons enfin que l’appellation HQE se fait au niveau du bâtiment et non de la ville et son environnement. Comme le remarque Alexandre Guihaire qui a consacré son mémoire de Master 2 à L’importance de la HQE pour le développement de la construction durable (Rennes 2, 2006), toutes ces préconisations pourraient aller plus loin. Il s’appuie sur les modèles étrangers.

 

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