Île aux jeux
enquête publique : la commune veut passer outre l'avis défavorable du commissaire enquêteur
Par délibération du 26-03-2010 le conseil municipal de Saint Hilaire de Riez a décidé l'engagement d'une procédure de modification du POS de la commune de Saint-Hilaire-de-Riez ; cette délibération municipale précise que le zonage actuel ne permet pas la réalisation de 3 opérations d'aménagement qui sont ainsi désignées :
-une opération de type quartier d'habitation écologique à la Fradinière, ce que ne permet pas le zonage 1NAh3 de la réserve foncière concernée,
-la réalisation de logements sociaux en zone UC acquis récemment par la commune rue Georges Clémenceau,
-un projet d'aménagement commercial dans le Terre fort, plus précisément le transfert du magasin de bricolage (enseigne Weldom) sur le site de l'ancienne Île aux jeux, parcelle actuellement en zone UCI, en vue d'y implanter une jardinerie.
Cette délibération municipale justifie la modification
du POS pour permettre
-la réalisation de ces opérations,
-de supprimer la contrainte de la superficie minimale de terrain dans le cadre
de la construction de logements locatifs sociaux,
-la requalification structurante et dynamique de ces secteurs.
La déposition du CPNS (29/08/2011)
Extraits de la déposition faite par le CPNS à l'occasion de l'enquête publique relative au projet du terre fort
Une incertitude au niveau de la réglementation applicable
Le CPNS souligne en introduction le contexte réglementaire applicable:
l'urbanisation de la commune de Saint-Hilaire-de-Riez est soumise à
un POS ancien qui ne comporte pas de PADD.
La modification du POS dans le secteur Terre
fort concerne plus précisément un espace appelé l’Île
aux jeux, qui fait partie d'un secteur plus vaste dédié aux
loisirs ; cette affectation loisirs a été voulue dès
l'origine de l'aménagement du Terre fort et a été soumis
au règlement de l'AFU qui a encadré les premiers aménagements
du Terre fort.
la première question qui s'impose est d'ordre juridique : savoir à
quel règlement est soumis cet espace de loisirs ? Est-ce que
le POS s'est substitué au règlement de l'AFU qui impliquait
une affectation loisirs conditionnelle à l'aménagement du secteur
?
Un espace naturel boisé
Cet espace naturel et boisé ne bénéficie pas d'une protection légale particulière au sens des espaces remarquables, mais il présente un intérêt social majeur pour les habitants de la commune ; l'ancien exploitant (M Soda) a compté jusqu'à 45000 familles ayant recouru en une année aux services de l’Île aux jeux considérée comme une garderie et un espace de jeux sécurisé et bien encadré.
Nous estimons, tout comme les actuels habitants du secteur, que la disparition de cet espace naturel serait très préjudiciable du fait de la forte densité urbaine alentour qui ne cesse d'augmenter. Récemment la maison des jeunes a été construite sur ce secteur alors que de l'autre côté de l'avenue le centre commercial est en forte extension sur des espaces privés et publics acquis successivement.
Une implantation commerciale non justifiée en zone résidentielle
L'implantation d'une activité commerciale nouvelle, en l'espèce une jardinerie, à cet endroit ne peut pas être justifiée par la nécessité d'un service de proximité, alors que plusieurs commerces du même genre existent et prospèrent dans la périphérie de la ville. Nous soulevons pour ce type de commerce, la question de la gestion des eaux en terme de consommation et de traitement des rejets pour souligner que le choix de l'implantation ne paraît pas judicieux.
Cette implantation commerciale va accroître de façon significative la densité commerciale du Terre fort déjà ressentie comme trop importante par la population locale qui estime qu'elle nuit au caractère résidentiel du quartier ; alors que ces habitants se plaignent des nuisances occasionnées par d'autres commerces situés dans le périmètre du projet, cette nouvelle implantation commerciale, liée aux autres extensions en cours apporteront de nouvelles nuisances en termes de circulation et de stationnement. On notera que plusieurs voies publiques, jusqu'ici aérées et dites structurantes comme l'avenue de Riez, ont vu l'espace dédié au stationnement des voitures augmenter dans des proportions importantes, dans le but évident de faciliter le développement des activités commerciales privées et celles de l'aire des loisirs ; cette démarche montre que la capacité d'accueil n'est pas prise en compte et que la consommation des espaces artificialise toujours un peu plus le secteur du Terre fort. Nous constatons une incohérence entre la consommation de ces espaces publics à des fins privées, et au détriment non seulement des piétons, mais aussi au détriment des cyclistes, alors que la démarche agenda 21 initiée par la municipalité voudrait favoriser ces modes de déplacement.
Au final, est-il incongru de considérer que le projet commercial qui
occasionne la modification du zonage sert la promotion d'un axe routier urbain
qualifié de structurant ? Ne faut-il pas se soucier, tant qu'on le
peut, de maintenir des corridors urbains au même titre que des corridors
écologiques ?
Conclusion
La révision du POS soumise à l'enquête publique aura des conséquences majeures pour plusieurs quartiers de la commune : Nous somme opposé à plusieurs points de cette révision dont les fondements ne sont pas satisfaisants et qui vont parfois à l'encontre d'intérêts publics que l'on peut qualifier de supérieurs à ceux invoqués.
Nous sommes opposés à la disparition de l'espace de loisirs l’île aux jeux qui a répondu pendant plusieurs années à un besoin social indiscutable et que beaucoup d'habitants voudraient qu'il soit maintenu pour la qualité des services rendus ; il nous semble utile préserver cet espace du fait de sa localisation en milieu fortement urbanisé. Dans cette circonstance la municipalité nous semble céder à la pression économique immédiate sans qu'il soit démontré que la demande est justifiée de façon durable et qu'il n'y a pas d'autre moyen de la satisfaire, grâce à une utilisation plus rationnelle des infrastructures commerciales existantes par exemple.
Avis défavorable du commissaire enquêteur
Extrait du procès verbal du conseil municipal du 30/09/2011
Le commissaire-enquêteur a émis
un avis défavorable sur les modifications du POS proposées
en ce qui concerne, d’une part, la modification de la densité
visant à favoriser la réalisation de logements sociaux en
invoquant les difficultés réglementaires soulevées
par les services de l’Etat et, d’autre part, l’extension
du zonage UCc qui doit permettre l’implantation d’un équipement
commercial.
Sur cette dernière question, les arguments invoqués par le
commissaire enquêteur n’emportent aucunement la conviction ;
certaines observations apparaissent même erronées.
Il invoque la « notoriété » due à la qualité
de patrimoine arboré, environnemental et inter générationnel
de
l’espace « Isle aux enfants », un impact négatif
du changement de zonage sur l’environnement du site, son incompatibilité
avec le futur Plan d’aménagement durable du futur PLU ainsi
que du SCOT en préparation et donc une atteinte à l’économie
générale du POS.
La réponse de la municipalité au commissaire enquêteur
Extrait du procès verbal du conseil municipal du 30/09/2011
La municipalité souligne que "le
site passe d'une exploitation commerciale à vocation de loisirs (jusqu'en
2009, par la sarl l'ile aux jeux) à une exploitation commerciale à
vocation de commerce de détail. Ainsi, le commissaire enquêteur
pose une affirmation erronée quand il indique que l'emplacement concerné
est un espace arboré ouvert au public"
"Il prend acte d'un certain nombre d'affirmations fausses formulées
par des déposants. Sur 18 déposants, on remarque 9 dépositions
dont le contenu du message est identique et pour lesquels les intervenants
se sont manifestement concertés pour influencer le commissaire enquêteur
par leur nombre. L'idée portée par ces déposants
que le secteur concerné constituerait un espace naturel intergénérationnel
n'est confirmé ni par le rapport de présentation ni par aucun
diagnostic ou recensement.
"Ensuite, le commissaire enquêteur commet une erreur manifeste
en considérant que la modification risquerait de porter atteinte à
l'économie générale du PADD du futur PLU de la commune
dans la mesure
où l'élaboration d'un nouveau PLU n'était pas commencée
au moment de l'enquête. Pour preuve, il ne justifie en rien en quoi
la modification envisagée comporterait un risque. Enfin, le SCOT, qui
recense dans
son diagnostic les secteurs à enjeux, n'identifie aucunement cet espace
comme tel.
"Le commissaire enquêteur commet également une erreur d'appréciation
s'il considère qu'il y a modification de l'économie générale
du POS. En effet, l'espace continue d'être classé en zone UC,
preuve que le changement n'est pas aussi important. Par ailleurs, par cette
modification, la Ville entend pouvoir conforter le pôle commercial en
cœur d’agglomération répondant ainsi aux enjeux du
territoire en terme d’aménagement et sur le plan économique.
Du point de vue de l’aménagement, le commissaire enquêteur
ne prend pas en compte les 8 nouveaux concepts d'urbanisme qui consistent
opportunément à favoriser l'irrigation du territoire par les
commerces plutôt que de les concentrer sur les centres urbains voisins
dans le but d'éviter les déplacements automobiles et de favoriser
des “coeurs de vie” en constituant des espaces dans lesquels on
mixe l’habitat et diverses fonctions (commerces, équipements
publics…).
"De plus, du point de vue économique, en observant que rien ne
garantissait que l'agrandissement de la zone UCc se traduirait par de nouveaux
emplois de façon significative, il apparaît que le commissaire
enquêteur a indubitablement omis d'interroger les acteurs économiques
pour rendre ses conclusions. Ces vérifications lui auraient permis
de savoir que 70 emplois seraient créés dans le cadre de ce
changement de destination dans la mesure où il aura un impact sur l’exploitation
commerciale des zones adjacentes
Enfin, bien que le secteur concerné par la modification ne fasse pas
l’objet de protection particulière au titre de son boisement
ou de ses caractéristiques, il est certain que la Ville apportera une
attention
particulière sur les limites périmétrales et l’intégration
de l’activité à l’aménagement d’ensemble.
Ainsi, considérant que la collectivité n’est pas liée
par l’avis du Commissaire-Enquêteur, le Conseil municipal, par
25 voix pour et 7 abstentions, décide :
- d'approuver le projet de modification du Plan d’Occupation des Sols
en ce qui concerne, d’une part, l’extension du zonage (UCc) permettant
l’implantation d’équipement commercial sur l’ancien
site de l’Isle aux Jeux,
La réaction du CPNS
Le commissaire enquêteur n'émet qu'un avis et donc en droit, la commune peut passer outre. Cependant il s'agit d'une procédure assez rare. Les arguments avancés par les déposants -et notamment le CPNS- sont étayés comme vous pouvez en juger sur les extraits figurant colonne de gauche. Les contre arguments de la municipalité n'emportent pas l'adhésion.
Choqué par le peu de cas manisfesté à l'égard des déposants et le mépris dans lequel est tenu le commissaire enquêteur, le conseil d'administratin du CPNS a fait passé à la presse un communiqué repris par le journal Ouest France dans son édition du 24 octobre 2011. Lire le communiqué, cliquer ici
Le CPNS n'exclue pas d'autres actions.
