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Dossiers CPNS Erosion

A. Voisin, art OF du 23-24/08/2008

Date de mise sur le site: 14/07/2008

Date de mise à jour : 23/08/2008

Projet de réhabilitation

de la

plage de la Parée

le projet de réhabilitation de la plage de la Parée à Brétignolles-sur-Mer justifie-t-il la consolidation des ouvrages de défense privés ? Ne doit-on pas admettre qu’il est illusoire de résister à la mer lorsqu’elle dicte sa dure loi ?

La position du CPNS se trouve validée par un excellent dossier paru dans La Gazette des communes* qui souligne que 24% du littoral métropolitain est frappé d'érosion. Dans les régions Pays de Loire et Poitou-Charente 31,82% du littoral subit une érosion naturelle. Selon cette même source, 26,7% du littoral de ces deux régions est figé artificiellement (ports, digues, remblais...) L'article souligne combien il est vain de vouloir lutter contre ce phénomène naturel et préconise même le recul de la bande inconstructible des 100mètres, édicté par la loi littorale de 1986, à 500 mètres "voire plus si l'érosion le justifie". Le réchauffement climatique et la montée prévisible du niveau de la mer accentuent le phénomène. Pour JB Milcamps, sous-Préfet pour le littoral de la région Languedoc-Roussillon, "le recul stratégique est la réponse la plus adaptée à l'érosion".

Enrochement, épis, digues ne font que déplacer les problèmes. On le voit nettement au bout du remblai de la grande plage de Saint Gilles. Alors même qu'ils ne parlent que de développement durable, nos décideurs devraient bien s'inquiéter des dégats irréversibles qu'entrainent leurs décisions basées sur un profit immédiat .

Dans un souci de précaution et de prévention des risques majeurs, le CPNS demande une gestion plus sévère de l’urbanisation en bordure du littoral ; dans le cas présent nous préconisons l’interdiction des extensions et constructions neuves sur les terrains qui surplombent la plage de la Parée.

*La Gazette des communes n°26/1940 du 30 juin 2008, p26 et suivantes


Saint Gilles Croix de Vie, le 05/06/2008


Monsieur le Commissaire Enquêteur,

En tant que président du Comité pour la Protection de la Nature et des Sites, association bénéficiant d’un agrément préfectoral, je vous soumets les observations, recommandations et interrogations que soulève le projet de réhabilitation de la plage de la Parée.

La demande déposée par la CdC ne concerne qu’un volet du projet de réhabilitation et a été engagée selon la procédure d’une demande d’intérêt général ou d’urgence ; avant de débattre du fondement de la démarche, nous vous proposons un arrêt sur le caractère de l’urgence : il ne vous a pas échappé que cette urgence dure depuis 1995, époque où l’ampleur des troubles a fait prendre conscience à la municipalité qu’il fallait agir.

Pourquoi dissocier aujourd’hui la protection des ouvrages de défense existants et le rechargement de la plage, alors qu’en 2003 ces 2 opérations apparaissaient indissociables ? pourquoi ne pas présenter aujourd’hui une solution complète et cohérente ? pourquoi prendre le risque de ruiner l’effort financier engagé dans un ouvrage inachevé ? Pour l’instant l’entreprise de la CdC semble se limiter à la sauvegarde d’intérêts privés.

Déjà dans sa lettre du 8 janvier 2003 en réponse à l’interpellation du CPNS, Monsieur Vesseron, directeur de la prévention des pollutions et des risques au Ministère de l’écologie et du développement, soulignait l’urgence de la situation et pointait du doigt l’absence de sable sur la plage qui permet à la houle d’attaquer les ouvrages de défense existants ; M Vesseron s’appuyait sur les observations émises en 2002 par les cabinets ANTEA et BCEOM pour préconiser le rechargement de la plage pour amortir davantage les houles tout en préservant l’intérêt balnéaire du secteur.

En 2008, l’étude ANTEA qui nous est soumise précise, page 45 §4 Présentation du projet, que « le rechargement de la plage de la Parée n’est pas inclus dans le présent projet et fera l’objet d’une étude spécifique associée à une procédure administrative spécifique » : le mystère est complet !. « Sa réalisation est néanmoins prévue…afin de contribuer à la pérennité des ouvrages de défense, étant donné que l’objectif du rechargement est la limitation du phénomène d’érosion « … Pourquoi retarder l’opération de rechargement ? Faut-il attendre encore 1, 2 voire 3 hivers tempétueux pour qu’on se décide à achever la réhabilitation de la plage de la Parée ?

Toujours dans le même lettre de 2003 adressée au CPNS, M Vesseron précisait que « le maître d’ouvrage du projet de défense du secteur de la Parée devra apporter une réponse cohérente, non aggravante et respectueuse de la vocation du site, à la problématique d’érosion spécifique du secteur «…

Nous posons la question : pourquoi l’approche cohérente qui a prévalu en 2002 n’est plus d’actualité en 2008 ? la réponse à cette question est sans doute dans le coût du rechargement qui a été estimé à 5ME ; selon les spécialistes, il faudra entre 250 et 300.000 m3 de sable pour recharger la plage ; comment faire des économies sur cette dépense dont la moitié est représentée par les frais de transport ?
En relisant l’étude réalisée par Créacéan en avril 2004 pour la CdC et concernant l’approvisionnement en sable, on lit : « une 3ième possibilité très économique si elle se confirme, est offerte par le projet initié par la commune de Brétignolles, de creusement d’un bassin de plaisance et de son chenal d’accès à la mer dans le marais girard. Ce site est un ancien marais maritime comblé au cours des derniers siècles et on peut raisonnablement espérer que les matériaux accumulés contiennent une fraction sablo-graveleuse de granulométrie suffisante pour pouvoir être utilisée sur la plage de la Parée. L’utilisation de ces déblais nécessite cependant une cartographie préalable détaillée…des formations sédimentaires. »

Si la CdC, et indirectement la commune de Brétignolles, juge que c’est lui faire un procès d’intention que de lier l’économie des 2 projets, pourquoi retarder l’information quant à l’origine des matériaux nécessaires au rechargement de la plage de la Parée ? les quantités nécessaires sont tellement importantes qu’il faudra plusieurs sources d’approvisionnement, et la forte opposition que soulève le projet de port de la Normandelière rend plus qu'aléatoire cette éventuelle source d'approvisionnement.

La gestion des eaux fluviales et souterraines pose des questions et demande des réponses qui ne figurent pas dans l’étude d’impact ; en effet, si les ouvrages de défense existants peuvent être tenus co-responsables de l’érosion de la plage, ils influencent aussi l’écoulement des eaux pluviales et souterraines du massif dunaire urbanisé en arrière de la plage.

Il est probable, comme le relève l’étude, que l’imperméabilisation des sols en zone urbaine favorise la concentration des flux pluviaux vers la mer et met en charge la nappe phréatique littorale : on relève la présence d’un ruisseau qui déverse sur la plage, et de nombreuses résurgences et traces d’écoulement d’eaux douces en surface et sur les ouvrages de défense, ces écoulements sont peu propices au maintien du stock sableux. Les spécialistes déclarent que l’évacuation de ces eaux douces est aujourd’hui plus difficile à appréhender en raison de la densité de l’urbanisation en arrière de la plage. L’étude de 2004 suggérait la pose d’un conduit au niveau du platier, en précisant que cette opération nécessiterait certainement des travaux de déroctage ; qu’en est-il aujourd’hui ? L’étude de 2008 ne nous éclaire guère mieux sur le problème que pose la gestion des eaux douces qui s’écoulent vers la mer. Nous préconisons une étude spécifique de ce problème.

Sécurité publique : certains ouvrages de défense privés mettent en danger la sécurité publique : les travaux que projette la CdC sont qualifiés de travaux de stabilisation, suffiront-ils à garantir la tenue des ouvrages privés très dégradés ? quelles mesures coercitives seront engagées pour contraindre les riverains à réaliser les travaux nécessaires avant qu’un accident ne se produise ? autant de questions qui n’ont pas de réponse.
D’après les dernières observations, prés de 40% des ouvrages privés présentent soit des faiblesses sérieuses soit sont devenus inopérants, ce qui est vérifiable sur place ; près de 40% des ouvrages sont non autorisés et plusieurs empiètent sur le domaine public maritime.
Se posent ici deux problèmes :
Peut-on accepter le principe que des riverains qui n’ont pas réalisé les défenses nécessaires pour la sécurité de leurs biens propres et celle des usagers de la plage, vont tirer demain un avantage personnel grâce à leur inertie ?
Il nous semble intolérable que le Domaine Public Maritime subisse des empiètements illégaux non sanctionnés et nous demandons qu’il soit remis bon ordre à cette situation de fait.

Concernant le DPM, il nous semble nécessaire de lui rendre sa limite légale côté terre, qui est la limite haute du rivage, celle des hautes mers hors circonstances météorologiques exceptionnelles : on constate qu’il n’y a plus de plage aux marées hautes de petit coefficient ; le rechargement de la plage devrait améliorer un peu cet état de fait.

Des observateurs ont en mémoire que des travaux de déroctage ont été réalisés sur le platier il y a une cinquantaine d’années, qu’il en résulte un phénomène de siphon vers le large qui contribue à l’érosion de la plage ; ce point a été souligné par la professeur Fattal ; s’il est avéré, il mérite à notre avis une étude complémentaire car il serait inconséquent de ne pas y porter un remède.

Accès piétons à la plage de la Parée ; on en dénombre 6 sur une longueur de 960mètres ce qui est peu, d’autant que certains sont difficiles à pratiquer et le resteront après restauration ; si le projet de chemin douanier émis par la commune de Brétignolles a été abandonné pour des mesures de sécurité, la même préoccupation doit à notre avis présider à la réalisation des accès à la plage pour que le mur des défenses ne devienne pas un piège pour les usagers.

Sécurité du chantier durant l’exécution des travaux : la procédure d’urgence n’excuse pas l’indigence des mesures de précaution qui sont infligées au maître d’ouvrage et aux exécutants, pour la sauvegarde de l’environnement ; l’étude tolère une pollution résiduelle comme une fatalité ; une approche aussi légère du problème nous paraît relever de l’insouciance blâmable compte tenu de la qualité du site. Nous recommandons la rédaction d’un règlement plus strict et une surveillance permanente du site.


Synthèse : le propos sera dur mais n’est-ce pas faire preuve de réalisme que de poser la question suivante : le projet de réhabilitation de la plage de la Parée justifie-t-il la consolidation des ouvrages de défense privés ? ne doit-on pas admettre qu’il est illusoire de résister à la mer lorsqu’elle dicte sa dure loi ?
MOVE OR DIE peut être entendu comme la voix de la sagesse, elle vient des Etats-Unis, et veut dire : recule ou meurs ; plus près de chez nous la Hollande nous a montré sa capacité à sacrifier un espace pour protéger un bien plus important. Il n’est plus temps de se désoler de la folie humaine, ceux qui ont construit sur des bases vulnérables ont accepté un risque, consciemment ou inconsciemment ; ce qui est discutable dans le cas présent c’est que des situations privées imposent à la collectivité une contrainte inacceptable.

Plus pragmatiques et orgueilleux, nous pouvons encore une fois tenter de ralentir le sens de l’histoire ; mais tout le monde doit contribuer à l’effort, y compris les riverains ; le mot effort n’est pas seulement pécuniaire, il est terrien, c'est-à-dire qu’il faut lâcher du lest et libérer de l’espace pour que la plage demeure le bien de tous.

Outre les observations et recommandations formulées ci-dessus, nous préconisons, dans un souci de précaution et de prévention des risques majeurs, une gestion plus sévère de l’urbanisation en bordure du littoral ; dans le cas présent nous préconisons l’interdiction des extensions et constructions neuves sur les terrains qui surplombent la plage de la Parée.

Benoît Graux, président.

Déposition à l'enquête publique Plage de la Parée mai/juin 2008

 

Plage de la Parée

Brétignolles-sur-Mer

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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